Bilan de la nidification au printemps 2014

Le biotope humide des Barthes de l’Adour constitue un excellent garde-manger pour la Cigogne blanche qui est très friande d’écrevisses de Louisiane. Photo AD

Au printemps 2014, la Cigogne blanche est toujours présente dans les quatre départements aquitains déjà occupés l’an passé : la Gironde, les Landes, les Pyrénées-Atlantiques et la Dordogne. Le suivi de l’espèce a concerné des zones approximativement identiques à celles de 2013. Envisager un recensement exhaustif est toujours très délicat, au vu de la progression de l’espèce. L’objectif est de poursuivre, dans la mesure du possible de chacun, les comptages dans les sites connus afin d’obtenir une dynamique de l’espèce à long terme.

Je tiens à remercier vivement tous les observateurs qui ont participé au suivi, qui était d’importance en ce printemps 2014, année du 8ème recensement mondial de la Cigogne blanche.

1- Nidification :

Gironde :

L’effort de prospection déjà entamé l’an passé s’est poursuivi ce printemps, à l’exception du secteur Nord-bordelais où les effectifs sont estimés pour 2014. Cependant, un effort de prospection conséquent avait été réalisé en 2013. Le département totalise un minimum de 274 couples nicheurs (HPA). Ils étaient 256 en 2013. Le nombre de jeunes à l’envol progresse lui aussi fortement : 608 cigogneaux (JZG) se sont envolés des nids girondins en 2014, alors qu’ils étaient 476 en 2013. Il est probable que ce chiffre soit sous-estimé en raison des effectifs nord-médocains, non comptabilisés de façon précise cette année.

Il est encore trop tôt pour appréhender clairement la situation de l’espèce à l’échelle départementale, même s’il est évident que, globalement, l’espèce se porte bien. Mais le chiffre de 274 couples est à considérer comme un minimum. Le total de jeunes à l’envol est, lui, plus conforme à la productivité connue chez la Cigogne blanche, même si d’autres « terres de cigognes » connaissent des valeurs supérieures (Charente-Maritime, Loire-Atlantique). Cela dit, nous ne participons pas à un concours !

La répartition géographique des données girondines est la suivante :

– Blayais : 45 couples nicheurs et 120 jeunes à l’envol.

– Bordelais nord : environ 103 couples et un minimum de 150 jeunes à l’envol.

– Libournais : 39 couples et 115 jeunes à l’envol.

– Nord Médoc : 75 couples et 214 jeunes à l’envol.

– Réserve du Teich : 12 couples et 9 jeunes à l’envol.

Si le Libournais recule, passant de 43 couples (en 2013) à 39 en 2014, le Blayais (44 HPA en 2013 et 45 en 2014) et le Nord-bordelais (données estimées) semblent stables. En revanche, le Nord-Médoc progresse de 34 % entre 2013 et 2014 (respectivement 56 et 75 couples) en raison d’une meilleure prospection. La population de la Réserve du Teich reste toujours très fragile mais le nombre de jeunes à l’envol augmente : 1 seul jeune en 2013 et 9 ce printemps. De bon augure pour une renaissance ?

Landes :

Très bonne année pour les cigognes landaises qui se reproduisent dans la vallée de l’Adour. Le nombre de couples nicheurs (HPA) connaît une progression identique à celle des trois années précédentes (+ 11 %) : il passe ainsi de 179 en 2013 à 199 en 2014. Concernant le nombre de jeunes à l’envol, ce printemps est à l’opposé des deux précédents qui étaient catastrophiques (178 cigogneaux à l’envol en 2012 et 128 en 2013) : au printemps 2014, 422 cigogneaux (JZG) se sont envolés des nids landais, soit une productivité honorable de 2.12 jeunes par couple (0.70 en 2013). L’origine de ce succès est à chercher dans les conditions météo qui ont largement avantagé la nidification, qu’il s’agisse de la Cigogne blanche ou d’autres espèces d’ailleurs. S’ajoute à ce premier facteur, une ressource toujours en abondance dont la cigogne reste la grande spécialiste : l’écrevisse de Louisiane, proie de prédilection des individus adultes comme des poussins.

Pyrénées-Atlantiques :

Les conditions météo ont eu dans ce département les mêmes conséquences positives que dans les Landes : les 20 couples nicheurs recensés (HPA) ont amené à l’envol 31 jeunes (JZG), soit une productivité de 1.5 jeunes par couple (0.4 en 2013). Ce chiffre, plus faible que celui observé dans les Landes, s’explique en partie par l’installation de nouveaux couples, probablement formés par des individus à peine matures, dont la première reproduction est rarement couronnée de succès. La ressource en nourriture est également plus rare sur le Bas-Adour, largement drainé et anthropisé.

Dordogne :

Tout comme en l’an passé, deux couples ont nidifié avec succès en 2014. Le premier a amené cinq jeunes à l’envol et le second trois. Un des deux nids qui avait chuté à la fin du printemps 2013 a été reconstruit par le couple à proximité de l’aire de l’an passé.

2- Baguage et contrôles :

2-1 Nombre de poussins bagués :

En Gironde, depuis l’arrêt du baguage par Alain FLEURY en 2006, seule la population du Blayais continue à être marquée par Jean-Pierre BAUDET. Au printemps 2014, celui-ci a bagué 53 jeunes, sur les 120 à l’envol de cette zone, soit environ 44 % de l’effectif.

Dans les Landes, 37 cigogneaux ont été marqués ce printemps 2014 par Tristan ROI. Les problèmes d’accès aux nids et le manque de temps permettent difficilement d’améliorer ce chiffre, faible au regard des 422 jeunes à l’envol du département.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, Tristan ROI a bagué 4 poussins, sur les 31 à l’envol ce printemps.

En Dordogne, Jean DATIN a bagué la totalité des 8 jeunes à l’envol issus des 2 nids du département.

Au total, 102 cigogneaux ont donc été bagués ce printemps 2014 en Aquitaine.

2-2 Identification des adultes bagués nicheurs :

Sur l’ensemble de l’Aquitaine, le nombre d’individus nicheurs bagués reste inférieur à celui connu dans d’autres régions (Normandie, Loire-Atlantique, Alsace). L’accès souvent périlleux au nid, la disponibilité des bagueurs et surtout le temps consacré au suivi de la population sont autant de facteurs limitant le développement du baguage à plus grande échelle, et donc le retour d’individus nicheurs bagués par la suite, grâce à la philopatrie. N’oublions pas non plus la proximité de l’Espagne qui nous envoie probablement chaque année des cigognes, dont la plupart ne sont pas baguées.

Difficile donc de tirer des conclusions sur les observations des cigognes nicheuses baguées aquitaines.

Par contre, il est important de souligner le rôle « social » du baguage. Car si le nombre total de poussins marqué reste modeste, notamment dans le sud-Aquitaine, le fait d’organiser ponctuellement ces opérations permet de faire le lien avec les acteurs incontournables des territoires ruraux : élus, agriculteurs, chasseurs, forestiers, techniciens… Sans oublier les écoliers, toujours fascinés de pouvoir observer de très près des oiseaux sauvages. Sans qu’ils sortent d’une gibecière, pour une fois !

Conserver ce lien avec les acteurs locaux est une nécessité. Etre présent sur le terrain leur rappelle qu’une surveillance existe, plus ou moins fréquente certes, mais elle existe. Cela évite parfois certains dérapages. De plus, avec un peu de diplomatie, on arrive souvent à obtenir des retours d’infos lorsqu’un problème survient et que l’on n’est pas sur place.

En ce sens, poursuivre le baguage de la Cigogne paraît être capital. Sachant qu’une cigogne peut avoir une espérance de vie de 15 à 20 ans, les populations locales sont souvent très attachées au devenir de certains individus, « leur » cigogne, baguée sur « leur » commune. C’est de cette façon que la Cigogne fait lentement mais patiemment sa place dans le patrimoine naturel de notre région.

Et ce n’est pas le propriétaire du nid occupé par la cigogne P0985 dans le village de TERCIS (40) qui dira le contraire : cette femelle baguée par Elie D’ELBEE à SAINT-VINCENT-de-PAUL (40) le 10 juin 1995, amène encore 4 jeunes à l’envol ce printemps à l’âge respectable de 19 ans…

3- Hivernage 2013-2014 :

Dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques, le comptage réalisé le 30 décembre 2013 révèle 134 individus présents. 67 sont observés au nid, les 67 autres au gagnage.

Les effectifs connaissent une légère baisse par rapport à l’hiver précédent où 145 individus étaient recensés en décembre 2012. Mais ils étaient 128 en décembre 2011. L’avenir dira si nous arrivons à un chiffre maximal de 130-150 individus hivernants ou s’il ne s’agit que d’un palier avant de voir les effectifs repartir à la hausse au cours des hivers suivants. Il est cependant évident que les conditions météo jouent, ici aussi, un rôle primordial.

La prospection a concerné la même zone géographique que l’hiver passé pour que les comparatifs puissent être réalisés.

La difficulté est l’impossibilité de faire la différence entre les oiseaux réellement hivernants et ceux, précoces, qui sont déjà de retour d’hivernage. Mais la période du recensement hivernal étant identique sur l’ensemble du territoire français, le recensement doit être effectué au cours des 15 derniers jours de décembre.

En Gironde, Sylvie LABATUT comptabilise un maximum de 126 cigognes le 16 décembre 2013 à la gravière de NAUJAC-sur-MER, ces individus trouvant sur la décharge voisine de quoi subvenir à leurs besoins. Ces effectifs semblent fluctuer selon les jours : 109 individus notés le 21 décembre mais seulement 47 le 23 décembre et aucun le jour de Noël. Puis 53 le 30 décembre.

La décharge de Zaluaga au Pays basque ne semble pas avoir été plus fréquentée que l’hiver dernier : Alfredo HERRERO ne note en effet « que » 24 cigognes présentes le 1er décembre 2013 et 18 le 11 janvier 2014. Par contre, deux individus bagués, possibles reproducteurs de la vallée de l’Adour (mais non prouvés) sont observés sur le site le 24 mai et le 26 juin. Espérons qu’il ne s’agisse là que de cas exceptionnels, peut-être venant d’oiseaux ayant ratés leur reproduction pour rejoindre très tôt ce site de rassemblement pré-migratoire. Il faudra surveiller à l’avenir la fréquentation de la décharge au printemps afin de prévenir un nouveau phénomène du type « Audenge », c’est-à-dire une dépendance des cigognes à une décharge systématiquement prospectée pour assurer l’alimentation des poussins. Cela dit, la distance respectable entre ce site d’enfouissement des ordures du Pays basque et la vallée de l’Adour devrait permettre d’éviter cette dérive.

4- Synthèse :

La population de la Cigogne blanche en Aquitaine s’élève donc au printemps 2014 à 495 couples nicheurs (HPA) et 1069 jeunes à l’envol (JZG). Ces deux chiffres doivent être considérés comme une estimation basse de la population. D’abord parce que le recensement de la zone nord-bordelaise a été superficiel ce printemps. Ensuite et surtout parce qu’il serait utopique et prétentieux de prétendre réaliser un comptage exhaustif, tant pour les couples nicheurs que pour les jeunes sortant des nids.

De toute évidence, la Cigogne blanche reste une espèce qui prospère en Aquitaine. L’essor de sa population devrait donc se poursuivre à l’avenir, grâce à un opportunisme qui n’est plus à démontrer. Restons cependant vigilants sur certains points : la fréquentation des décharges, les fluctuations éventuelles de la ressource en nourriture, l’installation croissante de nids sur les ouvrages électriques.

Tableau récapitulatif 2014

Rappel : HPA : couple nicheur ; HPM : couple ayant mené une reproduction à terme ; JZG : nombre de jeunes à l’envol.

Tristan ROI

3 commentaires pour Bilan de la nidification au printemps 2014

  1. cedric dit :

    Bonjour,
    Je suis du département 90, à la limite de l’Alsace… Après une courte période où elles étaient parties, je constate que 3 cigognes sont de retour au nid depuis 1 semaine alors que nous sommes en plein hiver.
    Cela est-il normal ? Est-ce dangereux pour elles ? Je précise qu’il y avait 3 jeunes cet été dans le nid. Peut-être que ce sont même eux qui sont toujours là ! Merci d’avance.
    Cédric

    J'aime

    • Olivier BRUNI dit :

      Bonjour Cédric,
      Aucune inquiétude à avoir ! Les Cigognes blanches sont capables de supporter des températures négatives et s’acclimatent parfaitement à la froidure de l’hiver. Elles migrent en direction des pays chauds non pas pour se dorer la pilule au soleil, mais uniquement en quête de nourriture – qui, durant la mauvaise saison – est supposée être plus facile à trouver que dans les contrées du nord de l’Europe. De plus, la cigogne est plus fidèle à son nid qu’à son partenaire, d’où son retour souvent prématuré sur son aire de nidification. Récupérer son nid au plus vite reste sa priorité majeure avant que celui-ci ne lui soit temporairement subtilisé par un autre congénère. Généralement, c’est le mâle qui revient en premier et sa compagne le rejoindra un peu plus tard. Mais depuis quelques années, on s’est aperçu que de nombreuses Cigognes blanches ne migraient plus. En effet, le grand voyage annuel effectué en direction du Sud n’est pas sans risque et beaucoup d’entre elles y laissent des plumes car la longue traversée qui est censée les emmener sur des terres plus fertiles est parsemée d’embûches ! Il faut savoir que les lignes électriques causent chaque année l’électrocution de centaines d’oiseaux. Bien que protégée en France, la Cigogne blanche est aussi chassée par l’homme dans certaines contrées africaines. N’oublions pas le réchauffement climatique : la situation alimentaire difficile se profile dans bon nombre de pays africains. C’est probablement pour l’une de ces raisons que de nombreux individus résident à l’année dans certaines de nos régions. Mais ce n’est pas la seule ! Chez nous, dans la vallée de l’Adour par exemple, plus d’une centaine de cigognes ont été recensées il y a encore quelques jours. Elles n’ont donc pas effectué la migration post-nuptiale car dans nos prairies humides, la nourriture y est foisonnante tout au long de l’année. D’autres parcourent uniquement de courtes distances pour se rassasier. AICA, baguée le 02 juin 2008 fait justement partie de l’une d’entre elles. Ne donnant plus signe de vie depuis le mois de juillet dernier, elle a été aperçue plusieurs fois par des observateurs, à plus de 150 km de distance de son lieu habituel de résidence. Depuis 5 mois, elle transitait entre les Landes, le Pays basque et la frontière espagnole pour squatter à longueur de journée dans des décharges à ciel ouvert. Les cigognes sont des carnivores opportunistes et tel un charognard, glanent les déchets qui lui sont gracieusement offerts. Il est possible que vos cigognes en ont fait de même. Pour ces mêmes raisons, elles se sont peut-être exilées quelques temps dans une autre région avant de revenir sur le lieu de résidence qui les a vu naître. Dans mon département, ce 19 décembre 2014, quelques nids sont déjà pris d’assaut. Concernant les jeunes cigognes nées à la belle saison, celles-ci effectuent bien la migration et ne reviendront sur leur lieu de naissance qu’après avoir atteint leur maturité sexuelle (2 à 3 ans) pour s’y reproduire. Il est donc peu probable que ce soit les mêmes oiseaux que vous aviez aperçus au printemps… Il est difficile pour moi de vous en dire davantage car depuis ces dernières années, la mentalité des cigognes et leurs regards semblent avoir changé ! Mais ce que je peux vous affirmer, c’est qu’en Alsace, la Cigogne blanche a bien repris ses aises… En la retenant en captivité pendant quelques années (généralement 3 ans dans d’immenses volières), son instinct de migrateur est effacé. Grâce à cette méthode, des centaines d’oiseaux ont été relâchés et réintroduits dans la nature. OB

      J'aime

  2. cedric dit :

    Merci de votre réponse rapide et claire, ça me rassure effectivement et je comprends bien mieux le comportement de ces cigognes maintenant. Les anciens du village n’avaient jamais constaté leur présence à cette époque de l’année. Il est vrai que la nourriture est abondante et qu’il leur est facile d’en trouver (plans d’eau, rivières, etc). Heureux d’apprendre qu’elles ne risquent rien. Merci beaucoup.
    Cédric

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s