Bilan de la nidification au printemps 2015

Au printemps 2015, 137 cigogneaux ont été bagués en Aquitaine. Photo OB

Au printemps 2015, la Cigogne blanche est toujours présente dans les quatre départements aquitains déjà occupés l’an passé : la Gironde, les Landes, les Pyrénées-Atlantiques et la Dordogne. Le suivi général de l’espèce a été réalisé dans des conditions similaires à celles de l’an passé. La population la plus au sud de la région (Bas-Adour maritime) a été suivie par de nouveaux observateurs. Merci à eux pour leur travail de terrain et merci à vous tous de continuer vos efforts pour surveiller notre échassier !

Les données recueillies ce printemps complèteront celles enregistrées en 2014. Toutes ces informations seront synthétisées en un bilan global qui sera lui-même inclus dans les données du 8ème recensement mondial de la Cigogne blanche (2014-2015).

1- Nidification :

Gironde :

Le département totalise un minimum de 277 couples nicheurs (HPA). Ils étaient 274 en 2014. L’essor de la population marque peut-être une pause mais il est encore trop tôt pour penser qu’on assiste à une stabilisation des effectifs. En revanche, le nombre de jeunes à l’envol progresse : 654 cigogneaux (JZG) se sont envolés des nids girondins en 2015, alors qu’ils étaient 608 en 2014. Ce chiffre est une estimation basse de la réalité : certaines zones de nidification n’ont pu être suivies de façon exhaustive.

Les conditions météo ayant été, pour une fois, globalement favorables ce printemps, les nids sans jeunes à l’envol sont plus rares et les couvées plus nombreuses. Voilà de quoi compenser les années 2012 et 2013, catastrophiques. La population girondine se porte donc bien. Elle s’auto-alimente depuis de nombreuses années grâce à la philopatrie, garantissant ainsi le renouvellement des générations.

La répartition géographique des données girondines est la suivante :

Blayais : 38 couples nicheurs et 96 jeunes à l’envol.

– Bordelais nord : environ 101 couples et un minimum de 196 jeunes à l’envol.

Libournais : 44 couples et 135 jeunes à l’envol.

– Nord Médoc : 88 couples et 216 jeunes à l’envol.

– Réserve du Teich et alentours : 6 couples et 11 jeunes à l’envol.

Au regard de la situation du printemps précédent, on assiste à un léger recul du Blayais (45 couples en 2014, 38 cette année) ainsi qu’à une certaine stabilité du nord bordelais (103 couples en 2014 et 101 en 2015). Au contraire, le Nord-Médoc continue d’accueillir de nouveaux nids, passant ainsi de 75 à 88 couples. La population de la Réserve du Teich reste toujours anecdotique avec 6 couples qui réussissent à amener 11 jeunes à l’envol ce printemps (9 s’étaient envolés en 2014). A quand l’arrivée d’une écrevisse adaptée aux eaux saumâtres pour réhabiliter cette population de cigognes qui a compté jusqu’à 80 couples nicheurs voici presque 10 ans ?

Landes :

Encore un bon printemps pour les cigognes landaises qui se reproduisent dans la vallée de l’Adour. Le nombre de couples progresse peu, marquant une pause, mais passe la barre symbolique des 200 : 202 couples nicheurs (HPA) sont comptabilisés (199 en 2014). Par contre, le nombre de jeunes à l’envol, bat, lui, un nouveau record, dépassant celui de 2014 déjà conséquent pour la zone : 477 cigogneaux (JZG) se sont envolés des nids landais en 2015 (422 en 2014), soit une productivité de 2.36 jeunes par couple (2,12 en 2014). L’origine de ce succès est là aussi, sans surprise, à chercher dans les conditions météo qui ont largement avantagé la nidification. S’ajoute à ce premier facteur, une ressource toujours en abondance dont la cigogne reste la grande spécialiste : l’écrevisse de Louisiane, proie de prédilection des individus adultes comme des poussins.

Pyrénées-Atlantiques :

Bien qu’installée dans la continuité géographique de sa voisine landaise, la population pyrénéenne a toujours été plus fragile. Le milieu, beaucoup plus artificialisé, n’offre pas les mêmes atouts qu’en amont du Bec des Gaves. Ainsi, malgré une météo ici aussi pourtant favorable, on note une légère baisse du nombre de nids occupés : 17 couples nicheurs sont recensés (HPA). Ils étaient 20 en 2014. Mais la productivité reste excellente puisque ces 17 couples ont amené à l’envol 50 jeunes (JZG), soit une productivité de 2,94 jeunes par couple.

Le manque de supports (naturels ou artificiels) pour le nid semble être ici un facteur limitant du développement de cette population. A moins que les très nombreux pylônes électriques de la zone ne deviennent à l’avenir des HLM à cigognes, à l’instar de certaines régions espagnoles comme l’Extremadure…

Dordogne :

Tout comme en l’an passé, deux couples ont nidifié avec succès en 2015. Le premier a amené quatre jeunes à l’envol et le second trois. Ce sont les mêmes aires utilisées en 2014 qui ont été réoccupées ce printemps.

2- Baguage et contrôles :

2-1 Nombre de poussins bagués :

En Gironde, depuis l’arrêt du baguage par Alain FLEURY en 2006, seule la population du Blayais continue à être marquée par Jean-Pierre BAUDET. Au printemps 2015, celui-ci a bagué 49 jeunes, sur les 96 à l’envol de cette zone, soit environ 51 % de l’effectif.

Dans les Landes, 77 cigogneaux ont été marqués ce printemps 2015 par Tristan ROI et Laurence GOYENECHE. Ce chiffre reste faible si on le compare aux 477 jeunes à l’envol du département. Mais il est nettement supérieur à la moyenne habituelle. Pour rappel, « seuls » 37 poussins avait été marqués en 2014. Une opération de baguage mémorable au sein d’une colonie forestière de CANDRESSE a mobilisé bon nombre de bénévoles, 4 grimpeurs-élagueurs et 2 bagueurs (merci Laurence !) intervenant sur des nids farcis de poussins. Au total, 55 cigogneaux ont été bagués en une matinée, dont un nid de 6 jeunes ! C’est la troisième fois qu’une couvée aussi nombreuse est observée dans les Landes en 25 ans de suivi et c’est la première fois qu’elle est baguée.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, Tristan ROI a bagué 4 poussins, sur les 50 à l’envol ce printemps.

En Dordogne, Jean DATIN a bagué la totalité des 7 jeunes à l’envol issus des 2 nids du département.

Au total, 137 cigogneaux ont donc été bagués ce printemps 2015 en Aquitaine.

2-2 Identification des adultes bagués nicheurs :

Vous le savez toutes et tous : il est parfois délicat de contrôler les adultes nicheurs. Outre la question du matériel optique nécessaire (et onéreux) que cela demande, déranger les oiseaux au nid ne se fait jamais par plaisir. Sans compter les couples qui ont l’idée saugrenue de « divorcer » en début de saison pour s’apparier avec un partenaire différent… ou les individus couvant leurs oeufs dont on attend patiemment la levée pour enfin voir s’ils sont bagués… et je ne parle pas des bagues abîmées, celles pleines de fientes ou de boue… Mais le jeu en vaut parfois la chandelle et certaines observation récompensent heureusement notre patience.

La philopatrie ramenant les adultes à la recherche d’un site de nidification vers leur région de naissance, il est logique de constater que la majorité des cigognes nicheuses girondine ont été baguées en Gironde et que la plupart des individus nicheurs landais ont été bagués… dans les Landes.

En revanche, 5 cigognes contrôlées par Sylvie LABATUT et Marie-Claude JULIE en Médoc, sont toujours inconnues à l’heure actuelle. Leurs codes sont absents de la base de données en ligne. Cependant, il est très probable que ces oiseaux soient originaires de Charente-Maritime. Un autre individu, nicheur aussi en Médoc, est peut-être étranger ou issu de captivité. Le code noté ne correspond pas à la nomenclature française.

Dans les Landes, 3 cigognes nicheuses sont espagnoles. Parmi elles, 2 sont des habituées de la vallée de l’Adour et la 3ème s’est installée en 2015. Une allemande est aussi présente, pour la 3ème année consécutive, au sein des 37 couples de la colonie de CANDRESSE.

3- Hivernage 2014-2015 :

Dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques, le comptage réalisé le 06 décembre 2014 révèle 126 individus présents. 11 sont observés au nid, les 115 autres au gagnage.

Les effectifs semblent se stabiliser autour d’une moyenne de 130 individus depuis quelques années. Il est cependant évident que les conditions météo jouent, ici encore, un rôle primordial. La prospection a concerné la même zone géographique que l’hiver passé pour que les comparatifs puissent être réalisés.

La difficulté est l’impossibilité de faire la différence entre les oiseaux réellement hivernants et ceux, précoces, qui sont déjà de retour d’hivernage. Mais la période du recensement hivernal étant identique sur l’ensemble du territoire français, le recensement doit être effectué au cours des 15 derniers jours de décembre.

En Gironde, Sylvie LABATUT comptabilise un maximum de 254 cigognes le 31 décembre 2014 à la gravière de NAUJAC-sur-MER, ces individus trouvant sur la décharge voisine de quoi subvenir à leurs besoins. Ces effectifs varient entre le 21 et le 31 décembre, parfois du simple au double. Aucune cigogne ne semble être présente avant cette dernière décade de décembre. Peut-être s’agit-il donc déjà d’individus de retour d’hivernage ?

La décharge de Zaluaga (Biarritz) représente toujours un site de halte migratoire important pour les oiseaux désireux de « faire le plein » avant de franchir les Pyrénées basques. Mais elle semble aussi devenir un site d’hivernage : Alfredo HERRERO notait 26 cigognes le 29 novembre 2014 alors qu’Aymeric LEGRAND et Alexandre LEGRAND comptent 175 individus le 18 novembre 2015. les lectures de bagues révèlent que quasiment toutes les cigognes baguées françaises présentes sont reproductrices dans la vallée de l’Adour. De nombreux oiseaux allemands et hollandais fréquentent le site à la même date. Ce suivi sera à approfondir au cours des automnes et hivers suivants.

4- Synthèse :

La population de la Cigogne blanche en Aquitaine s’élève donc au printemps 2015 à 498 couples nicheurs (HPA) et 1188 jeunes à l’envol (JZG). Ces deux chiffres doivent être considérés comme une estimation minimale de la population. Difficile, voire impossible, en effet de réaliser un comptage exhaustif, tant pour les couples nicheurs que pour les jeunes sortant des nids, vu l’espace à prospecter et le nombre d’observateurs.

L’avenir dira si la relative stabilité du nombre de couples nicheurs montre que l’espèce arrive à un niveau d’équilibre entre difficulté d’installation de nouveaux nids et ressources alimentaires disponibles. Cela dit, l’histoire de la cigogne aquitaine a montré que la progression de l’espèce marquait régulièrement une « pause » dans son expansion, avant de repartir en flèche. Attendons donc de voir ce que nous réserve cet oiseau dont l’opportunisme sans borne n’est plus à prouver.

Tableau récapitulatif 2015

Rappel : HPA : couple nicheur ; HPM : couple ayant mené une reproduction à terme ; JZG : nombre de jeunes à l’envol.

Tristan ROI

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